<< Était-ce un homme qui marchait devant moi ? Chez ces peuplades nues, la différence entre les sexes est bien moins évidente que dans nos climats. Nous accentuons la faiblesse de la
femme en lui épargnant les fatigues, c'est à dire les occasions de développement, et nous la modelons d'après un idéal menteur de gracilité.
À Tahiti, l'air de la forêt ou de la mer fortifie tous les poumons, élargit toutes les épaules, toutes les hanches, et les graviers de la plage ainsi que les rayons du soleil n'épargnent pas plus
les femmes que les hommes. Elles font les mêmes travaux que ceux-ci, ils ont l'indolence de celles-là : quelque chose de viril est en elles, et en eux quelque chose de féminin. Cette ressemblance
des deux sexes facilite leurs relations, que laisse parfaitement pures la nudité perpétuelle, en éliminant des moeurs toute idée d'inconnu, de privilèges mystérieux, de hasards ou de larcins
heureux - toute cette livrée sadique, toutes ces couleurs honteuses et furtives de l'amour chez les civilisés. >>
PAUL GAUGUIN (Noa Noa)
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